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Accueil > Thèmes de recherches > Espaces, territorialité et mobilité > 2.1 Espace privé, espace public

2.1.1 Architecture et fonctionnement de l’espace habité

par Umr Trajectoires - publié le , mis à jour le

L’espace habité a été abordé dans toutes ses dimensions, publiques comme privées, des premiers habitats sédentaires néolithiques aux établissements proto-urbains de l’âge du Fer. Plusieurs travaux se sont concentrés sur les aspects architecturaux : matériaux, techniques et élévations, plans et organisation interne des bâtiments. Les formes et l’organisation de l’espace habité ont également été explorés, y compris en intégrant des approches géoarchéologiques des niveaux de sols, et l’organisation des activités, reconstituées à partir de la distribution spatiale des vestiges et structures (aires d’activités, stockage, artisanat…). D’autres travaux ont porté sur la définition et l’évolution de l’habitat : unités domestiques mobiles (campements mésolithiques) ou sédentaires (habitats néolithiques), sites saisonniers ou spécialisés, fermes ou villages, oppida et émergence du phénomène urbain. Enfin, la dimension identitaire et sociale de l’espace domestique, défini comme un lieu d’interactions tant économiques que sociales privilégié, a fait l’objet de plusieurs travaux qui tendent à en faire un élément important de la définition des ensembles culturels.

De manière diachronique, une véritable dynamique de recherche a été amorcée et soutenue par des membres de l’UMR autour des géomatériaux et de la terre à bâtir, avec l’organisation et la participation à plusieurs tables rondes. De même, les travaux en géoarchéologie ont permis de mieux caractériser mes architectures et la répartition des aires d’activités. Des analyses micromorphologiques des sols ont notamment permis d’identifier les processus de formation des couches archéologiques en développant une approche spatiale. Les résultats ont permis de confirmer sur plusieurs sites archéologiques du Centre et de l’ouest de la France (Gas, Poupry, Sours, Pussigny), la présence de sols d’occupation conservés. Ces sols, construits ou non, reflètent différents types d’espaces : espace domestique interne, espace de cour, espace de circulation, espace réservé (stockage, rejet…), espace périphérique et marginal des occupations néolithiques. La formation et l’extension de ces sols sont fortement contrôlées par l’usage de la terre crue.
Pour les débuts du Néolithique, les travaux menés en France, Belgique, Russie et Géorgie ont porté plus particulièrement sur l’organisation de l’espace habité dans différents contextes environnementaux (plaines d’Europe tempérée et semi-arides du Caucase, contextes lacustres des plaines d’Europe orientale). Une première thématique de recherche a en particulier porté sur l’organisation et la structuration des habitations (partition interne, espaces de circulation, lien activités et remplissage des fosses latérales), notamment en contexte Lbk et BVSG. Une seconde thématique s’est attachée à la compréhension du fonctionnement de l’habitat dans ses dimensions démographiques, économiques et sociales. Ces travaux ont été menés à trois échelles : 1) l’analyse à haute résolution des assemblages archéologiques par maisonnée, définie comme l’unité sociale et économique de base (PCR Economie et société de la vallée de l’Aisne ANR Homes en cours d’évaluation 2017, ACR BVSG en vallée de la Marne, nombreuses publications monographiques), 2) le fonctionnement de l’espace villageois, y compris les réseaux d’interactions entre maisonnées et les structures spécifiques (silos, foyers, dépôts, etc), 3) la modélisation des rythmes démographiques et des règles de scission villageoise ayant contribué au phénomène de l’expansion et de la colonisation Lbk à travers toute l’Europe (voir travaux et publications ANR Obresoc).


Concernant le Néolithique moyen, les travaux ont porté plus spécifiquement sur l’identification et la caractérisation des différentes formes de l’habitat sur les sites ouverts d’une part (voir par exemple Conty, Cuiry-les-Chaudardes, Saint-Julien-les-Metz) et les sites enceints d’autre part (voir par exemple Carvin, Passel, Villers-Carbonnel).
Les travaux sur le Néolithique récent et final, en particulier en région Centre et Nord-Picardie, se structurent en deux grandes thématiques : la fonction des grands bâtiments et la nature des nappes de mobilier (épandage, niveaux de sols) associées à ces habitats. Sur le site néolithique récent de Sours (Eure-et-Loir, Hamon et al. 2012), des effets de parois indiquant des cloisonnements et des concentrations évoquent des espaces à fonction dédiée (foyers internes, stockage notamment). La fouille programmée du site des Vaux à Moulins-sur-Céphons (Indre, 1998-2016) a quant à elle permit l’étude de 4 bâtiments datés du Néolithique final (2880-2670 BC). L’un d’eux constitue le bâtiment de type Antran le plus long actuellement connu, connu dans l’Ouest de la France. Son étude permet de proposer une division interne de l’espace en 3 parties, avec des extrémités dédiées au stockage, un espace de vie central d’usage plus collectif et une cour extérieure.
Les Colloque Nord/Sud Interneo-RMPR-APPRAB de Marseille en 2012 et de Dijon en 2015 ont été l’occasion de dresser un bilan sur plusieurs aspects thématiques en lien avec l’habitat, et de proposer de véritables synthèses sur l’habitat néolithiques dans différentes régions (Champagne, Nord, Ouest, Centre-Ouest).
Les modes d’occupation de la maisonnée des populations néolithiques comparés à ceux des premières sociétés protohistoriques durant les 3ème et 2ème millénaires avant notre ère ont été comparés. Dans le nord de la France, les vestiges sont de qualités inégales notamment en ce qui concerne la définition même des espaces habités : à l’âge du Bronze, les fosses et leurs contenus devenant ainsi les seuls indices de ces activités domestiques, tandis que pour le Néolithique final (en particulier dans le Deûle-Escaut, voir Houplin-Ancoisne), les plans de bâtiment sur tranchée de fondation ou poteaux plantés sont nombreux mais souffrent d’une indigence de mobilier et de structures de rejets détritiques directement associées. Malgré ces écueils, la localisation spatiale et la répétition de plusieurs indices mobiliers et architecturaux sur chaque site permettent de proposer des interprétations sur l’organisation des activités domestiques et / ou artisanales.
Pour la fin de l’âge du Fer, on citera la publication en cours de l’habitat de Changis sur Marne (fouille F. Lafage) et la publication de l’enquête nationale sur l’habitat rural du second âge du Fer (Malrain et al. 2013). Cet ouvrage, issu livre une présentation analytique, à l’échelle d’une grande moitié nord de la France, des rythmes de création et d’abandon des établissements ruraux au second âge du Fer. Selon les régions étudiées, entre le Ve siècle avant notre ère et le Ier siècle de notre ère, furent créés des établissements ruraux qui ont pu être étudiés grâce aux opérations d’archéologie préventive sur de larges superficies.

* Reportage de 1976 sur la fouille de Cuiry-lès-Chaudardes