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Accueil > Thèmes de recherches > Temps, communication et identité > 3.2 Du matériel vers l’immatériel

3.2.3 Pratiques votives et signification des dépôts non funéraires

publié le , mis à jour le

L’accroissement considérable de la documentation a permis de mettre en évidence des configurations particulières d’objets en contexte d’habitat qui n’entrent pas dans la catégorie des rejets détritiques artisanaux et domestiques. Leur récurrence en certains lieux et espaces montre que ces installations matérielles particulières portent une forte charge symbolique qu’il conviendra d’identifier afin de les appréhender dans le cadre plus général des catégories mentales des sociétés protohistoriques.

C’est le cas notamment pour certaines enceintes néolithiques où la catégorisation et la spatialisation des types de rejets peuvent être menées (Menneville -Rubané, Bazoches -Michelsberg)). La reprise des fouilles sur l’enceinte de Menneville, en mode programmé (2013-2014-2017), enrichit de manière spectaculaire cette problématique des dépôts non funéraires au Néolithique rubané.

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Menneville (02), dépôt d’un agneau, en fond de fossé rubané. UMR8215. Fouille C. Thevenet

De même une étude croisée des traitements subis par les restes humains (découpe, coup, exposition à l’air libre) découverts en contexte d’habitat de l’âge du Fer et des traitements pratiqués sur les animaux mettra en parallèle les gestes et les modalités des dépôts pour en interpréter les niveaux de signification. L’analyse spatiale des dépôts dans les sanctuaires, comme à Saint-Just-en-Chaussée (Oise), s’appuiera sur leurs différences de nature et de mise en œuvre (quartiers de viande, céramiques, objets métalliques...) afin de proposer de nouvelles hypothèses sur leurs gestions et leurs significations.

Plusieurs projets ont été menés à bien pour le second âge du Fer, qu’il s’agisse de monographie de sites, d’ouvrage synthétique, de communications à des colloques et des articles spécifiques. Ces contributions s’inscrivent dans d’étroites collaborations avec des chercheurs d’autres institutions (CNRS, Universités et INRAP) :

À Braine (Aisne), dont la publication des fouilles est à paraître (AUXIETTE G. dir - Une trajectoire singulière : les enclos de Braine "la Grange des Moines" (Aisne) à la Tène Finale. Revue Archéologique de Picardie, n° spécial, 2017), l’occupation est exceptionnelle du point de vue de sa structuration, de son évolution à travers le temps, depuis la simple ferme jusqu’à une occupation dédiée à des pratiques rituelles en passant par un très riche établissement aristocratique qui se caractérise par des rejets de mobiliers en grande quantité. La structuration du site repose sur une superposition d’au moins 3 enclos et de quelques structures associées : un premier enclos A, assimilé à une zone de pacage plus qu’à un établissement rural, a livré très peu de mobilier ; ce sont les enclos B et C qui constituent l’essentiel de cet ouvrage. Leur particularité est de s’inscrire dans un même espace tout en changeant d’orientation. Ces occupations ont pris place entre -180 et – 60 avant notre ère. Les fragments d’une soixantaine d’amphores suggèrent la quantité de vin consommé, les restes fauniques constituent les indices d’une consommation massive de viande de porcs et de bœufs. La quantité impressionnante de vaisselle (plus de 2000 vases), mais aussi celle des meules, abondent dans le sens de consommations massives communautaires. Parmi le mobilier métallique, fourchette à chaudron, poêlon, gril sont les témoins directs des ustensiles liés au banquet. Le caractère monumental de l’entrée et des bâtiments, auxquels s’ajoutent les expositions de crânes d’animaux qui mettent en scène l’ostentation du lieu, participent au caractère hors du commun de ce site de Braine « la Grange des Moines ».

Un autre grand thème de recherche a été largement abordé, concernant les défunts hors nécropole et les pratiques rituelles et comportements dits "déviants" au second Âge du fer (Delattre, Auxiette, Pinard et Desenne).
Si le dépôt humain en structure d’ensilage est désormais interprété comme relevant d’une intention cultuelle plus que de la relégation de populations de rang inférieure, le rôle de l’animal, associé ou non, sorte de plus-value « sacrificielle », reste encore difficile à décrypter. Compagnon mort de vieillesse, de maladie, bête offerte en offrande, animal piégé, carcasse décomposée… autant de circonstances qui peuvent se traduire par des enfouissements et des dépôts que l’on rencontre sur des fouilles archéologiques, souvent sous forme de dépôt isolé, et pas toujours facile à dater et à interpréter. Ces découvertes, qui se sont multipliées ces dernières années, soulèvent un certain nombre de questions communes qui dépassent les problématiques chronologiques et régionales, d’où l’intérêt d’un inventaire assez large, aussi bien en termes de datations, que de régions et de types de dépôts. L’objectif final est d’établir un premier état des connaissances, des dépôts, des méthodes d’études et d’analyses et des interprétations (Auxiette et Méniel 2013, dir.).
Des dépôts d’animaux seuls, entiers et/ou segmentés parsèment ainsi la Gaule du Second âge du Fer – et notamment l’actuel Bassin Parisien - sans pour autant s’apparenter à des offrandes alimentaires : parfois seul dans un silo, il est souvent associé à un ou plusieurs humain(s) et nombreuses sont désormais ces structures livrant les cadavres de chevaux et d’humains, inextricablement mêlés ou séparés, parfois accompagnés d’un chien. Toutes les combinaisons sont proposées, sans que l’on sache si l’un accompagne l’autre où si les dépôts sont au même niveau d’intention. Certains animaux, notamment le cheval, jouant un rôle déterminant dans le fait religieux celtique, semblent ici magnifier leur relation privilégiée avec l’homme. Mais lorsque les deux dépôts sont réalisés au même niveau, il n’est plus possible d’envisager la notion de défunt accompagné de « ses » animaux familiers. Ici, pas de hiérarchie quand les dépôts sont entiers voire même lorsqu’il y a système de type pars pro toto : l’os isolé humain peut accompagner un animal entier, de même que le fragment d’animal s’associe au cadavre humain. La présence des animaux et des humains en silos interpelle quant aux raisons de leur mort. Si le sacrifice des animaux est démontrable, il est toujours délicat de proposer les mêmes pratiques pour l’humain. Outre la convergence des manipulations post-mortem parfois observées, associant l’animal et l’humain dans une similitude de comportements, la lecture du sacrifice des animaux pourrait-elle renvoyer à la mort violente de l’humain que la seule observation ostéologique ne parvient pas à démontrer ? Si des différences apparaissent entre les humains et les animaux des dépôts, concernant la nature de leur mort, le traitement des cadavres comporte, en revanche, d’étonnantes similitudes comme la putréfaction intentionnelle et codifiée des chairs, la reprise d’os secs, la préparation et l’exposition de fragments osseux sous forme de trophées.
En Picardie, plusieurs établissements ruraux de la période laténienne ont ainsi livré des restes humains en position de rejet. Certaines de ces pièces osseuses portent de traces de coup et/ou de découpe qu’il reste difficile à interpréter. La comparaison avec les traces d’intervention inventoriées sur des ossements provenant des sanctuaires permet toutefois quelques hypothèses (Pinard 2016).

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Venizel (02) et Saint-Just-en-Chaussée (60). S. Desenne et E. Pinard