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Accueil > Thèmes de recherches > Economies et interactions société/environnement > 1.3 Systèmes de productions et réseaux de circulation

1.3.2 Organisation des productions : spécifications et artisanat

publié le , mis à jour le

La question des productions spécialisées se pose à des échelles et à des degrés distincts. Dès le Néolithique, les productions sont plutôt spécialisées à l’échelle de l’unité domestique ou de la communauté résidentielle. La fin de la Protohistoire voit apparaître des spécialistes dépendant d’une élite et regroupés en ateliers. Ayant déjà contribué à bâtir un cadre théorique de réflexion sur ce sujet, nous avons travaillé sur différents systèmes de production à partir des chaînes opératoires, des distributions spatiales différentielles et des artefacts particuliers associés, et selon diverses échelles d’analyse : la maisonnée, la communauté, la classe sociale ou la période de temps.

Les études de cas ont porté sur les productions céramiques et lithiques du Néolithique ancien rubané et non-rubané dans les habitats de la vallée de l’Aisne et en Hesbaye (Belgique) à l’échelle de la maisonnée ; les productions céramiques du Néolithique moyen II dans le Bassin parisien et en Belgique ; les productions lithiques de haches en silex dans le Bassin de la Seine, d’armatures de flèches à la fin du Néolithique et au Bronze ancien en Armorique et de lames de silex dans les Balkans nord-orientaux ; les productions de sel en Moldavie roumaine ; les indices d’artisanat et de métallurgie à l’âge du Bronze ; les spécialisations agropastorales des sites laténiens à partir des données géoarchéologiques, faunistiques et botaniques.
A titre d’exemple, le village rubané producteur de lames de Verlaine (Hesbaye, Belgique) se caractérise par une économie de surproduction laminaire organisée à l’échelle micro-régionale et orientée spécifiquement vers l’exportation (fig.1). Les rejets détritiques par maisonnée livrent les témoins des activités de débitage laminaire à usage domestique et celles vouées à l’exportation. Les deux modes de production de lame ne se distinguent ni par les savoir-faire impliqués, ni par la qualité des produits. Ils témoignent d’une grande expertise et vraisemblablement d’une même filière d’apprentissage. Il n’y a donc pas d’indices que les tailleurs appartiennent à des groupes sociaux distincts. On envisage l’hypothèse d’une organisation homogène du point de vue technologique mais duale dans ses objectifs productifs, l’un d’autosuffisance domestique, l’autre surproductif en relation avec un réseau de redistribution du silex auprès des sites où les ressources lithiques sont rares.

JPEG - 117.2 koFig. 1 : Circulation des lames rubanées de Verlaine (Hesbaye) dans le réseau des sites du Rubané occidental

Le travail d’analyse technologique des productions céramiques Michelsberg au Néolithique moyen a montré une forte variabilité technique inter-sites qui n’est pas interprétable en termes chronologiques, géographiques ou fonctionnels. Le contexte de production est très probablement domestique mais pourrait aussi s’organiser à l’échelle villageoise. L’hypothèse de filières d’apprentissage permettrait d’expliquer des différences entre sites contemporains proches géographiquement. Les communautés de potiers/potières partageraient ainsi un milieu technique homogène à une échelle géographique très large et développeraient par leurs réseaux sociaux des styles techniques propres à chaque site ou groupe de sites.
Les recherches portent aussi sur l’organisation des productions et de l’artisanat au sein des groupes culturels de l’âge du Bronze. Elles ont donné lieu, en 2011, à une journée thématique de la Société Préhistorique Française portant sur "Artisanats et productions à l’âge du Bronze (Boulud et Nicolas 2015)". Différents éléments et moments de la genèse de ces productions sont pris en compte : matériaux, accès à ces matériaux, chaînes opératoires, diffusion. La question sous-jacente d’une éventuelle spécialisation de ces productions est incontournable, de même que le statut des individus qui réalisent ces objets (fig. 2).

JPEG - 203.4 ko Fig. 2 : Spécialisation et stratification sociale au Bronze ancien : les productions d’armatures perçantes (C. Nicolas)

Une analyse comparée des données entre sites, nature des sols et cultures/ élevages aux périodes de La Tène moyenne et finale, a également mis en valeur des spécialisations régionales : à l’ouest (Bretagne, Normandie), des productions plus importantes de légumineuses et un stockage en cave, dans le centre et le nord (Ile-de-France, Hauts de France), des productions plus intenses de céréales et un stockage en greniers ou silos.